Par Nathalie LUM, Chairwoman du CABEF
L’Afrique centrale est à un tournant. Entre nos mains, nous tenons le projet le plus ambitieux de la décennie : le Central African Pipeline System (CAPS). Ce réseau de 6 500 kilomètres n’est pas qu’une prouesse d’ingénierie ; c’est le système nerveux de notre future souveraineté industrielle. Pourtant, alors que les investisseurs mondiaux regardent enfin vers notre sous-région, un obstacle interne menace de tout faire dérailler : la panne de solidarité communautaire.
La leçon de l’Histoire : Du charbon européen au gaz africain
Il est utile de lever les yeux vers l’histoire des grandes unions. Rappelons-nous que l’Union européenne, aujourd’hui l’un des blocs économiques les plus puissants au monde, n’est pas née de grands discours abstraits, mais d’une réalité industrielle concrète : la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA).En 1951, des nations hier encore en conflit ont choisi de mettre en commun leurs ressources les plus stratégiques — le charbon et l’acier — pour rendre la guerre impossible et la prospérité inévitable. Le CAPS est notre « CECA ». Ce que le charbon et l’acier ont fait pour l’Europe, le gaz et le pétrole doivent le faire pour l’Afrique Centrale.
Un nouvel axe énergétique : De Luanda à Lagos
Aujourd’hui, le paysage énergétique africain se redessine sous nos yeux. Avec la montée en puissance des capacités de raffinage de l’Angola et l’entrée en scène monumentale de la raffinerie Dangote au Nigeria — la plus grande au monde — le centre de gravité s’est déplacé.L’Afrique ne peut plus se contenter d’être un réservoir de brut pour le reste du monde alors qu’elle importe ses propres produits finis. Le CAPS est le chaînon manquant qui permettra de connecter ces géants industriels à notre sous-région. Imaginez une Afrique Centrale où le brut n’est plus seulement une marchandise d’exportation, mais la sève qui alimente un réseau interconnecté, transformant nos ressources locales en carburant accessible pour nos industries et nos foyers.
Le « hold-up » de la TCI : Un frein à l’ambition
L’accord tripartite historique que nous avons scellé avec la Commission de la CEMAC et l’APPO symbolisait cette volonté d’union. Mais aujourd’hui, ce moteur tousse. Le non-reversement de la Taxe Communautaire d’Intégration (TCI) par les États membres a placé la Commission dans une situation d’asphyxie budgétaire. En suspendant ses activités le 7 février dernier, c’est tout le processus de normalisation du CAPS qui se retrouve à l’arrêt.
Chaque jour de retard est un signal négatif envoyé aux marchés. Nous ne pouvons pas demander au secteur privé de financer des infrastructures de plusieurs milliards de dollars si le garant institutionnel n’a pas les moyens d’ouvrir ses bureaux.Le CAPS, une ressource pour la Communauté
Au CABEF, nous refusons la fatalité. Si la TCI est en crise, faisons du CAPS une partie de la solution. Tout comme la CECA a permis de stabiliser les économies européennes, le CAPS peut devenir une ressource pérenne pour notre Communauté. En créant des mécanismes de prélèvements directs sur les flux énergétiques et en titrisant les revenus futurs du transit, nous offrirons à la CEMAC une indépendance financière nouvelle.
Mon appel aux Chefs d’État
Je lance aujourd’hui aux leaders de la sous-région : l’intégration ne peut se construire à crédit. Respectons nos engagements financiers envers la CEMAC, c’est investir dans la viabilité du CAPS. C’est choisir, comme les pères fondateurs de l’Europe, de construire la croissance sur le roc de nos ressources communes, en synergie avec les géants comme Dangote.Le CABEF est prêt. Les partenaires sont prêts.
Le projet est mature. Il ne manque que la volonté de libérer les ressources communautaires pour que l’Afrique centrale s’éclaire enfin par ses propres moyens.
Nathalie Lum
Chairwoman du CABEF
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